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[Interview (autres)] Interview Nicola Sirkis, par Indochine (Bruxelles, 4-09-99)

Si tu devais présenter ce nouvel album (Dancetaria) à quelqu'un qui ne connaît pas ou n'aime pas Indochine que ferais tu pour l'inciter à l'écouter ?
Nicola Sirkis: Si on parle de quelqu'un qui n'aime pas le groupe je lui dirais d'oublier ses préjugés et qu'il écoute simplement cet album parce que je pense qu'il y a plus de préjugés que de réalités autour d'Indo. Pour moi, c'est le meilleur album, celui dont je suis le plus fier. C'est un album féerique dans le sens noble du terme, et mélodique, car lorsqu'une personne l'écoute, même une fois, sans y faire attention, il lui reste toujours une mélodie, quelque chose qu'elle aura tiré inconsciemment des chansons entendues.

En quoi cet album se différencie t'il des précédents ?
Nicola: Il n'y a pas de différence notoire, mais c'est le huitième album du groupe, celui avec lequel on est arrivé à boucler la boucle. Le style est à peu près le même que sur les premiers albums mais on est arrivé à une sorte d'état de grâce malgré tous les écueils qu'on a traversés. Il y a eu une réunion de gens à la fois professionnel et amateur, la fille qui a conçu la pochette, le type qui a ajouté les ambiances et Stephane qui a livré ses plus beaux morceaux. Le résultat est beau et il touchera les gens sur la longueur. "Juste Toi & Moi" c'est le premier single mais ce n'est que la première marche pour les gens, il y en aura plein d' autre. On va durer au moins un an avec cet album. On va sortir 'Stef 2' en single, puis 'Atomic Sky' et ensuite peut être 'Justine' ou 'Manifesto' ou alors ' Astroboy' qui est apprécié en France. On sait en tout cas que cet album va durer un boût de temps.

Ne trouves tu pas que cet album se trouve davantage dans la continuité de 'Wax' avec lequel il forme un tout?
Nicola: 'Wax' était le précurseur de cet album, celui qui nous a redonné goût à Indochine. Dominik était le principal compositeur du groupe. Après son départ en 93, moi et Stéphane avons été obligé de nous occuper du groupe, nous en avions la responsabilité et, comme nous avions très peu écrit auparavant, on a eu tout de suite une sorte de spontanéité. Tant pis pour les maladresses, elles ont aussi leur intérêt dans ce métier. 'Wax' était très influencé par la britpop, mais il avait sa propre identité. Avec 'Dancetaria' on est allé au delà et quand on l'écoute on se sent transporté dans des univers complètement différents. Il y a une densité assez forte qui peut même être fatigante dans le sens où chaque chanson est un gros pavé. C'est un album avec lequel il faut vivre et pas un disque de consommation immédiate.

Les thèmes abordés sont à la fois plus graves et plus personnels. Est-ce que tu penses qu'il s'agit d'une évolution naturelle?
Nicola: Oui, je crois que c'est naturel. On a certain thèmes qui reviennent, comme de parler de filles. Les gens disent qu'ils ont l'impression que ce sont toujours des trucs d'adolescents, et tout ça, mais moi je n'écris pas pour les ados, j'écris ce qui me passe par la tête. Ca touche des gens de cet âge là mais maintenant ça peut aussi toucher des gens de 40 ans, ce sont les mélodies qui génèrent les thèmes, les histoires.

Avec tous les singles qu'Indo a derrière lui n'est ce pas difficile d'intégrer les nouveaux morceaux dans le répertoire scénique?
Nicola: Non, justement, c'est un plaisir de voir qu'on peut mélanger des morceaux qui sont devenus des standards avec les plus récents, jouer par exemple 'L'Aventurier' qui a plus de 15 ans avec 'Drugstar' et des morceaux du nouvel album. En concert, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de différence d'époque, que ces chansons sont presque intemporelles. Mais d'un autre côté, c'est un concert moderne, c'est Indochine en 1999, pas un groupe qui refait les trucs des années 80. Mais ce n'est pas difficile d'intégrer les nouveaux morceaux, la difficulté vient de choisir l'ordre d'interprétation, pour assurer la continuité du concert.

Est ce que tu as toujours le même plaisir à jouer 'L'Aventurier' sur scène, après toutes ces années?
Nicola: Si Stéphane et moi avons continué après le départ de Dominik c'est justement parce qu'on avait encore envie de jouer ces titres là, comme 'L'Aventurier', ou '3 Nuits Par Semaine', parce qu'il se passe toujours quelque chose lorsqu'on les joue et qu'on prend toujours notre pied à le faire. On a toujours une partie du public à surprendre ou à convertir, alors on continue parce que ça me ferait chier d'arrêter.

Tu as souvent dis que tu désirais passer le cap du millénaire avec Indochine. De manière plus générale, ça représente quelque chose pour toi l' an 2000?
Nicola: C'était plutôt une sorte de plaisanterie. Le premier janvier 1990 les gens on commencé à dire que la musique des années 80 était nulle, or c'était loin d'être le cas. Et le premier janvier 2000 ce sera pareil pour les années nonantes, on dira que c'était les années Boys Band ou Top Models, comme les années 80 on pu être résumées à Bernard Tapie. Et ce sera pire en l'an 2000 parce que n' importe quel artiste des années nonante sera considéré comme un artiste du siècle passé, même pas de la décennie passée, et là tu prends un coup de vieux. Donc c'est plutôt une plaisanterie mais je crois qu'on ira au moins jusque 2005-2006, pour être un groupe à cheval sur deux siècle, et c'est ça qui est rigolo. Parce que pour moi les époques ont été inventées par l'homme. Les saisons, les jours, avec le soleil qui se couche et tout, ça c'est naturel, mais le reste, toutes ces histoires de dates, de siècles, etc. c'est de l'invention, ça n'existe pas, il faut savoir gérer son temps.

Tu ne vois donc pas le troisième millénaire comme un renouveau?
Nicola: Non, par contre tout ce qu'on peut souhaiter c'est que le troisième millénaire soit mieux que le deuxième, qu'on ne revive jamais la même chose, au niveau des guerres, etc. Moi je vais passer le cap de l'an 2000 au bout du monde, dans un endroit très zen. Je ne vois pas l'intérêt de fêter la nouvelle année avec plein de gens, je n'ai pas l'envie de fêter l'enterrement du siècle mais de me réjouir que ce cap soit passé, ça oui, en espérant que le suivant soit mieux.

Par rapport à ton public, tu crois qu'il se renouvelle ou qu'il vieillit avec le groupe ?
Nicola: Il se renouvelle, c'est sûr. Maintenant, on voit à nos concerts des gens qui ont entre 12 et 35 ans, même si il y a un noyau de fans fidèles. En fait on a été surmédiatisé dans les années 80 puis, au contraire, les médias nous ont ignorés et maintenant les choses se font par bouche à oreille. Je crois qu'il y a des gens qui ont envie de découvrir des choses qui ne passent pas en radio, et on vend plus d'albums maintenant qu'à l'époque où on était surmédiatisé. On n'a pas cherché à être l'événement, à être ce qu'il fallait voir à tel moment, on est resté sincère et c'est ça qui a plus aux gens, je crois.

Il y a un grand attachement d'Indochine pour le public belge, puisque c'est en Belgique que vous avez enregistré les deux derniers 'live', le clip de 'Juste Toi & Moi', etc.
Nicola: Oui, on a toujours été soutenu ici. Stéphane et moi avons vécu pendant 14 ans en Belgique, on a toujours considéré ce territoire comme important, autant que la France. La Belgique peut être fier de sa culture, de ses médias. Les radios belges, ou suisses, sont beaucoup plus intéressantes que les radios françaises, par exemple. Il y a une vraie fidélité du public belge, regarde, le concert à Forest National est déjà complet, c'est fou. Tu vois le respect du public.

Pour terminer, tu crois qu'il existe une pop-song parfaite?
Nicola: Oui. 'Drugstar', ou 'Juste Toi & Moi', ou 'Justine', sont des pop-songs parfaites à notre niveau. Mais pour moi la vraie pop-song parfaite c'est 'Heroes' de Bowie. Ce n'est pas si facile à faire, on croit que la pop c'est quelque chose de facile mais ce n' est pas le cas. Mais il existe des pop-songs parfaites, comme 'Wonderwall' d'Oasis, qui en est une. On s'en est rendu compte après la reprise par ce mec (Mike Flowers- ndlr) et on a vu que la mélodie était solide, la chanson était valable. C'est comme 'Heroes', qui ne l'a pas reprise? Nous on la reprend sur scène, mais l'original est quand même solide! Juste deux notes et c'est costaud. C'est un des critères je crois, pour dire qu'une chanson est vraiment excellente, tu vois, c'est quand elle devient vraiment fédératrice, qu'elle est reprise par d'autres.

Qu'écoutes-tu actuellement ?
Nicola: Actuellement j'écoutes beaucoup de pop anglaise, genre Blur, Pavement, Radiohead, Placebo, ou les Cranes, mais rien de ce qui se fait en France ne me touche vraiment, c'est bien que ça existe mais ça ne me touche pas. Sauf Voulzy ou Souchon. Ca n'a rien à voir mais j'aime leur écriture.

Pizzoferrato Fred, 1999.

GENRE : Interview (autres)


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